Charles Rosier, le violoniste cosmopolite de l’ère baroque

 

Carl Rosier, francisé en Charles Rosier, est une figure remarquable de la musique baroque. Les talents de ce compositeur violoniste relativement méconnu ont fait le bonheur d’un public éclairé, à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles.

 

Un musicien au cœur de l’Europe musicale de son temps

Né à Liège en 1640, et mort à Cologne en 1725, Charles Rosier a vécu et s’est formé essentiellement dans la partie la plus active de l’Europe d’alors. Il œuvre à ses débuts comme violoniste, puis comme assistant de maître de chapelle, sous l’égide du prince-électeur de Cologne, personnage puissant du Saint-Empire romain germanique. Cette fonction de Kappelmeister, dont il devient titulaire en 1701, l’autorise à former d’autres musiciens qui répandront son style. La circulation des artistes européens, en particulier entre ces deux grands pôles que sont les Provinces-Unies au nord et l’Italie au sud, permet à son aura de se développer hors du cadre restreint de la cour de Cologne. Ses longs séjours à Amsterdam, dès 1683, ouvrent en particulier le musicien à d’autres influences, notamment françaises et italiennes.

 

L’artisan d’une certaine démocratisation de la musique

Malgré son statut de maître de chapelle, qui en faisait primitivement l’ordonnateur de chants liturgiques, Charles Rosier a surtout composé de la musique profane, en particulier de nombreuses sonates. Le violon, son instrument fétiche, dont il était un joueur de premier ordre, a évidemment la part belle dans ce type de composition. Son répertoire s’enrichit tout au long de son séjour amstellodamois. Dans une république de marchands où la liberté religieuse et artistique est le mot d’ordre, le compositeur a l’opportunité de diffuser ses productions au sein des sociétés de musique. Ces académies ouvertes à un public restreint, mais plus souvent bourgeois que noble, regroupent amateurs et professionnels. Le collegium musicum fondé par le violoniste en 1697 en collaboration avec d’autres musiciens, vise justement à transmettre et affiner des goûts musicaux à une assistance plus large que les seuls fidèles à la messe ou les nobles venus se divertir entre campagne militaire et séance de chasse.

 

Les principales œuvres de Charles Rosier

Ses premières compositions constituent des mises en musique de chants sacrés. En 1667 et 1668, il crée ainsi des accompagnements pour la messe catholique romaine (In Fletu Solatium) et des motets. Mais ce sont ses œuvres profanes qui lui assurent une grande renommée dès 1679, dans la plus grande ville des Provinces-Unies, en particulier ses 37 créations pour violons et alto. Dans le cadre de la société de musique qu’il a fondée, il compose des mélodies italianisantes (Pièces choisies à la manière italienne) et un nouvel assortiment de sonates. Sur la fin de sa vie, au début du XVIIIe siècle, il revient au motet et aux chants de messe, mais ne dédaigne pas le genre profane. Malheureusement, ses Französische Partien a 3 ont été perdues.

Comme professeur de musique, Charles Rosier a contribué à la diffusion en Allemagne d’influences diverses. Il a ainsi apporté sa touche originale à l’univers musical du monde germanique, en l’ouvrant au monde extérieur, précédant de quelques décennies seulement Bach et Mozart.